
On est mercredi et le ciel de Patagonie est toujours aussi mausade. Je me dis que cela n'est pas possible et que Dame nature ne peut me faire cette farce la. Alors je vais dans un internet-cafe pour la peche aux renseignements sur le temps. Parfait: a partir de demain et ce pour quatre jours, le soleil fait son grand retour!! Aussitot je vais au centre d'information pour savoir quelles sont les randonnees faisables. La neige est pas mal tombe mais on me dit que deux parcours sont encore possible. Je rentre a mon auberge ( "El gaucho") et avec mon livre sur la patagonie, recupere dans une pension a Santiago, je me rend compte que la difficulte signalee est de niveau moyen. Donc je valide! A ce moment la, une personne rentre dans la chambre et a son sac Queschua, il y a de fortes chances que ca soit un francais. " t'es francais", me lance t'il. J'affirme d'un mouvement de tete et on commence a papoter. Tres vite, on se met d'accord pour une rando, celle de Cerro Catedrale: deux jours de marche et en moyenne 6-7h/jour. On achete de la nourriture pour notre petite expedition et on va feter cela autour d'une bonne cerveza.
-Cerro Catedrale:
je dors tranquillement quand comme dans le film "Vanilla sky", une douce voix feminine me repete en espagnol qu'il est 7h30 et qu'il faut se lever. Apres une bonne dizaine de fois, je comprends qu'il s'agit du portable d'Alexis. AaaaaaH! Il l'eteint et ca fait du bien. On se depeche car notre colectivo (bus) est a 8h15. On se jete un cafe et laisse a l'auberge une partie de nos affaires(heureusement pour Alexis, car son sac devait peser au moins 25kg). A peine le nez dehors, on leve les yeux au ciel. Mouais!!! Toujours cette grisaille et le froid qui va avec. On est en montagne et on ne sait jamais. On fait bien 500 metres pour aller a l'arret de notre bus. Pas de souci, il est bien la a 8h15 et peu de temps apres, on se rendra compte que l'on pouvait le prendre devant le El gaucho. Le trajet dure 45 minutes et le bus nous depose a la station de ski "Cerro Catedrale". A cette heure-ci et a cette epoque, c'est le desert le plus total sur la place centrale. Seul deux autres filles ,avec d'enormes sacs a dos, sont la pour faire la meme randonnee que nous. Apres a peine une demie heure, on ne les verra plus jamais. C'est vrai que le temps est froid et ca sent la neige. Pas loupe!! Cela fait deux bonnes heures que l'on marche d'une allure assez tranquille, lorsque quelques flocons de neige viennent nous souhaiter la bienvenue en patagonie. Cela durera toute la montee jusqu'au premier refuge. Mais parfois on avait droit a quelques rayons de soleil et en tant que bon montagnard j'esperais que "ca se mette au beau". Ce refuge etait tenu par deux bon rustres d'argentins. Alexis, qui maitrise mieux l'espagnol, leur demande si on pouvait continuer notre parcours car la montagne parraissait bien couverte de neige. La reponse du bourru me fit mourrir de rire: "tout est possible". Avec ca, on est bien avance. Je vis qu'Alexis etait legerement irrite par la reponse. Mais avant notre depart, le deuxieme responsable vient nous voir et "pour nous rassurer", nous annonce qu'au col on s'enfonce jusqu'a hauteur des genoux et qu'il faut compter entre 4-6h de marche. Ca donne toujours le moral pour repartir! En plus a peine dehors, le vent-neige nous avertit que la partie ne sera pas si facile. Resultat des courses: 5h et deux tres jolies montees qui me rappelait les difficile etape du GR20 de la Corse. Et dire qu'alexis voulait demarrer sur une etape facile pour reveiller les muscles tranquillement. Total de la 1er journee: 9h de marche et les pieds archi-trempes. En effet entre la neige et le passage dans la riviere avant d'arriver au refuge( on s'est legerement ecarte du chemin), nos chaussures recrachaient toute l'eau ingurgitee par notre faute et nos pieds cherchaient desesperement la chaleur d'un feu de cheminee. Par contre pour notre plus grand plaisir, l'accueil au refuge fut a l'oppose du premier. La gerante nous fit la bise de bienvenue et nous demanda de rentrer rapidement nous rechauffer. Ca fait plaisir!! Le refuge est tres joli mais trop grand pour le poele. La temperature oscillera toujours entre les 15c et pour la piece qui fait office de dortoir elle sera proche de zero. La soiree est tres sympathique. On fait la connaissance de Eric, un americain et le seul hote du refuge, qui parle tres bien l'espagnol et qui n'est pas aussi arrogant que ses congeneres.On s'amusera aussi avec la petite de la gardienne du refuge qui pour cinq ans a deja un sacre temperament.
Apres une bonne nuit de sommeil et un bon cafe, nous voila reparti avec eric. Avant de redescendre dans la vallee, on ira rendre visite a un lac un peu plus haut que le refuge. Le temps est ideal: frais avec un super soleil. La descente est un regale pour les jambes, car progressive et au milieu d'une vegetation aux couleurs rouge,orange et jaune. Merveilleux! Apres six heures de marche, on arrive au village comme prevu et on chope le premier bus pour revenir sur Bariloche. Le soir meme avec Alexis, on se renseigne a nouveau pour une sortie aupres de notre auberge "El Gaucho". Le Tronador (3400M) est ferme. On examine la carte et on penche pour une nouvelle balade sur deux jours: El cerro de Lopez. On nous annonce que c'est magnifique et pas trop difficile. Mais maintenant on se mefie, car on nous avait annonce niveau facile pour le cerro Catedrale!!!!!!! A nouveau on fete notre randonnee et la futur autour d'une bonne cerveza negra et une pizza (lesquelles sont toujours remplies de mozarella).
Le cerro Lopez:
Le premier jour est tres agreable. C'est un sentier et la montee sur le "laguna negra" est assez facile meme si on se trouve sur le versant ubac d'ou chemin bien gele. En plus, malgres nous, on s'est fait deux amis.........des chiens. Pourtant au bout d'une demi-heure, on a essaye de les renvoyer dans leur niche, mais c'etait mission impossible. Durant plus d'une heure, ils nous suivront toujours une dizaine de metres derriere nous. A la pause casse-croute, on les voit rappliquer et nous voila quatre a present. Voila le lac noir! On se situe a 100 metres du refuge et ca a l'air tres calme. Pas loupe: personne mais il est ouvert, ouf!! Alexis prendra un bain ultra rapide dans le lac et pour ma part, je tremperai le bas du corps et les jambes ont bien apprecie. Ensuite corvee de bois pour le poele et au bout de trois heures et une atmosphere fumee, on degustera une soupe deshydratee et un plat de pate ( partage avec nos amis). C'est fou comme l'altitude et apres un effort, on se regale de pas grand chose. On sera les uniques pensionnaires du refuge et on fera un peu comme chez nous.
Le lendemain on se reveille en pleine forme: normal apres une nuit de 12h. La montagne et la marche sont les meilleurs sommiferes du monde. Alexis s'occupera du poele et avec l'experience, en moins de deux un cafe nous rechaufera. Aujourd'hui 7h de marche sont prevus et le niveau devrait etre assez difficile. Apres un passage delicat sur de la roche gelee et un sauvetage de chien par alexis, on peut depuis la crete admirer la vue sur le fameux Tronador (ou on aurait du randonner). On examine la carte et Alexis (faute de debutant Nordiste) souhaiterait continuer les cretes pour eviter la descente-remonte de la vallee. Pour ma part je prefere suivre les marques du chemin. On est en argentine et on ne connait pas le parcours. Resultat: on se retrouve de l'autre cote, mais j'ai perdu le chemin. On pense d'apres la carte, que l'on doit retrouver le chemin en contournant le cerro Lopez........une faille arrete notre avancee. On examine a nouveau la carte et dieu que l'on est bete: il faut continuer les cretes. On grimpe dans des eboulis pendant une heure et......... on se retrouve coincer a la cime du cerro.
Alexis tente et escalade le pic. "olive, je vois le chemin. Il fallait continuer la vallee ou tu etais".
"pas possible!! c'est une pente remplie d'eboulis et tres accentuee".
" oui,oui, c'est bien ca!!"
Et allez, demi-tour! On descend et apres 3/4h, on est face a la pente. Je regarde ma montre: 16h. Ouaaaahhh! On a pris un maximum de retard et j'estime a au moins une heure cette belle grimpette.Vamos!!!!....................une vrai galere. Nos appuis ne sont pas toujours securises. Plusieurs fois des pierres se detachent et s'amusent a surfer sur leurs copines. Les chiens me font "peter un plomb". Le petit, plus agile ,a toujours de l'avance et d'un regard moqueur se demande pourquoi je mets autant de temps. Attends d'etre en haut, tu vas faire un joli vol plane. L'autre plus peureux est entre mes jambes durant toute l'ascension. Non, ce n'est pas possible!! Je vais en faire du boudin de ces foutus animaux.................. Enfin la cime! Je suis tellement enerve que je vais a peine profiter du panorama: vu sur tout le lac de Bariloche. L'aiguille de ma montre bascule sur 17h30.Pas de pause, direction le chalet. Les jambes fatiguees, je profiterais de la neige pour quelques glissades sur le fessier. Alexis ressent la meme fatigue et une fois devant le refuge (qui est ferme), il sera... 18h30. On a juste une heure avant la nuit. Alors machinalement nos jambes avalent la pente."Allez dans moins de deux heures, on se mange une bonne Parilla, olive!!" me lance Alexis. J'y compte bien.............et dans la precipitation, on perd a nouveau le chemin. Dans ces cas la, on prend toujours la mauvaise solution et on decide de suivre la riviere.On s'accroche a toutes les branches pour y acceder et une fois sur la rive pas le temps de reflechir et on descend............jusqu'a la cascade. "Alex! on remonte en diagonale. On va bien reussir a le trouver ce chemin". La lumiere se fait de plus en plus rare.Ne vous faites pas de soucis pour les chiens, ils sont toujours a nos cotes. Et c'est reparti.Le souffle est de plus en plus rauque. On transpire. On jure et............arret. Un nouveau precipice! Mais on est marque par le destin ou quoi! Allez, cette fois si, il faut remonter tout droit..........." eh, alex une table!".En effet encore une personne qui prend la foret pour une mangeuse d'ordure. Mais pour nous c'etait le signe d'un chemin. On continue de grimper et........yes!!!!!!!!!!!En voyant les marques rouges on tombe dans les bras l'un de l'autre.Vamos! La nuit arrive. Je pense a prendre la lune pour repere car on distingue la route et une lumiere a moins d'un quart d'heure. Avec l'obscurite, bien entendu on reperdra le chemin. Mais en suivant la lune, on arrivera sur la route. Maintenant, on a plus qu'a faire du stop a plus de 30km de Bariloche et sur un acces peu frequente. Une voiture!........... il est 20h30 et cet empaffe ne s'arretera pas. Une autre!........ meme resultat! Mais la c'est vraiment des e...... On passera nos nerfs sur le bitume et au bout d'une quart d'heure, un tres gentil argentin aura pitie de nous. Il nous deposera a un arret de bus et c'est completement epuises qu'on sonnera a l'auberge. Pour nous recompenser de nos 11h de marche, on se regalera dans une tres bonne parilla, de viandes et de boudins en asado.
En conclusion, ne jamais s'ecarter des chemins balises et sinon revenir en arriere, si vous voulez eviter de vous servir de votre couverte de survie!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
PS:1er: a notre decharge, la signalisation n'etait pas tres claire.
2eme: une fois sur la route on a ete oblige de chasser nos compagnons de fortune. C'etait dramatique, mais on se trouvait a 2km d'ou on les avait rencontre, et je me voyais mal continuer mon voyage avec un chien dans mon sac!! |